Ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais c'est peut-être la fin du commencement. A vous de continuer l'histoire...
 
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 L'étrange boutique de Mister Flynn

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Dyrm
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MessageSujet: L'étrange boutique de Mister Flynn   Mar 7 Juil 2009 - 21:59


L'étrange boutique
de
Mister Flynn

Objets rares et magiques en tous genres


Récit premier

Salut à toi, lecteur.
Oserais-je transgresser les règles de la bienséance et te poser une question? Je sais, cela peut te sembler très personnel, et viole très certainement les convenances, mais ça te poussera à réfléchir, du moins, je l’espère…
Pourquoi as-tu choisi ce livre? Pourquoi, dans la librairie ou dans la bibliothèque où tu as été, avoir choisi mon récit parmi tant d’autres?

Sache qu’on ne fait jamais rien au hasard. Les gens que je vois entrer chez moi se disent souvent que c’est « par hasard » qu’ils y atterrissent. Mais pourtant, tous autant qu’ils sont, il repartent avec un de mes articles.
Car vois-tu, lecteur, la politique de la maison est que le client ne choisi pas le l'article, mais c'est l’article qui choisi le client. Non pas qu’il n’ait pas le choix de ce que je lui vends, simplement qu’il prend ce qui lui correspond le mieux. Car les choses « inanimées » passent leur vie à lire en vous, à réfléchir. Après tout, elles n’ont rien de mieux à faire, contrairement à nous, êtres humains.
Dès lors, elles savent mieux que celui qui entre dans ma boutique ce qui lui correspondra le mieux.

C’est d’ailleurs pour cela que je suis ce que je suis.

Oh! J’ai outrepassé toutes les lois de la politesse! Je suis Mr James J. Flynn, vendeur d’objets rares et magiques en tout genre. Je ne suis plus tout jeune non plus, car voici maintenant presque cinquante ans que je tiens mon magasin. Le nom en est aguicheur : « L’étrange boutique de Mister Flynn ». Je vais un peu parler de moi, pour te faire bien comprendre la portée de la magie des objets. Ce sera, en quelque sorte, ma première histoire.

Je suis né dans un très petit hameau de campagne, Wuyze. Mon père était instituteur et ma mère secrétaire à l’administration communale. J’ai grandi dans ce « trou », comme disaient mes cinq frères aînés Louis, André et Adam (les jumeaux), Serge et Joël. C’est avec lui que je m’entendais le mieux. Il n’avait qu’un an en plus que moi, et nous étions toujours fourrés ensemble.
Un jour que nous battions la campagne, je devais avoir quelque chose comme treize ans, Joël s’est mis en tête de grimper dans un arbre. Il ne lui est pas venu à l’idée de demander son avis à ce qui était pour nous un simple objet. Je l’ai suivi du regard, et je garde la certitude qu’une des branche s’est dérobée sous son pied. Il est tombé et s’est brisé la nuque. J’ai eu tellement peur, j’ignore de quoi, d’ailleurs, que je me suis mis à courir, pour aller le plus loin possible de ce corps aux yeux sans vie. J’ai perdu la notion de distance, mais je me souviens être arrivé dans le bourg voisin, en pleurs, fuyant chaque passant. C’est à ce moment là que, pour les éviter plus à mon aise, je suis entré dans une boutique.
L’homme qui était derrière le comptoir portait une longue barbe brune, tressée en différents endroits. Il se tenait bien droit, et portait des vêtements larges et souples en tissu couleur terre. Je me suis toujours demandé ce qu’il dut penser de moi, garçon habillé en paysan entré en courant et en pleurant. Toujours est-il qu’il ne m’adressa pas un regard, il se contenta de se pencher sur un gros livre de compte. Je me cachai derrière un énorme pot de fleur et vidai mes dernières larmes, avant d’observer l’endroit où je m’étais réfugié.
C’était une pièce carrée très éclairée : la vitrine et les portes de verre laissaient passer autant de lumière que l’espèce de mini dôme au plafond. Sous le dôme, au centre, une petite fontaine gazouillait et abritait quelques poissons japonais. Le long des murs, d’immenses étagères présentaient une cohorte d’objets qui m’étaient tous inconnus. Un seul repère du monde que je connaissais me sauta aux yeux : des livres. Une bibliothèque gargantuesque occupait une espèce d’arrière-salle.
Je me cachait derrière quelques pots de plantes vertes qui, me sembla-t-il, poussèrent quelques soupirs. Après m’être calmé, je me mis à observer le vendeur. Outre sa barbe, il portait aussi des pattes. Malgré cela, il avait un air distingué qui m’impressionnait.
Il vint vers moi, et me tendit la main. Il m’amena dans une autre arrière salle, et me servit un verre de lait.
-Comment tu t’appelles, gamin? me demanda-t-il. Et pourquoi cet affolement.
-Je m’appelle James, Monsieur, lui répondis-je en tremblant.
Je commençai à lui raconter ce qui m’était arrivé, lorsque mon père entra dans le magasin. Il avait ameuté tout les environs de notre village pour me retrouver, après que mon frère et moi ne soyons pas rentré. Et quelque un m’avait vu passer. Quand il me dit que j’étais resté absent pendant presque trois heures, j’eus du mal à le croire.
En pleurant, je le ramenai au corps de mon frère. La vision de Joël sans vie m’a longtemps hanté.

Mais la vie a continué. J’ai grandi, et est arrivé le moment pour moi d’aller à l’université. J’ai quitté mes parents, et je suis allé à « la ville ». Elgénam est une ville magnifique. Les grandes artères très modernes ne gâchaient rien du charme des petites rues piétonnières vieillottes. La capitale des lettres et des arts m’a tout de suite séduit. J’ai suivi les cours de philosophie et lettres à l’Académie Royale. J’ai réussi mes trois premières années, et rien de notable ne se passa.
Mais c’est au cours de ma quatrième année que ma vie bascula. Je préparais mon grado, cette grande tradition de l’Académie au cours de laquelle on donnait un nom de code et une fonction au gradué. Cela lui restait toute ses années d’études, lui donnait ou lui bloquait l’accès à certaines parties de l’Académie, lui offrait des droits et lui imposait des devoirs. Cette cérémonie suivait en ligne droite le baptême de la première année.
Pendant le préparation, différentes épreuves étaient imposées au nouveau venu. Celle que mon gradant m’imposa m’envoya à l’autre bout de la ville. Il voulait que je lui ramène un anneau qu’il avait caché dans les quartiers pauvres. Je partis donc, et me rendit dans le quartier du port.
L’air y était humide et fétide, et la plupart des gens puaient le vin et la crasse. Même dans la cité des lumières, il y avait des zones d’ombres. Je me rendis dans la taverne où il m’avait mandé. Je commandai une bière et commençai à réfléchir. Comment trouver un anneau dans ce bouge? J’avais beau tourner le problème dans tout les sens, je ne trouvais aucun moyen. C’est alors que je fus bousculé par un marin ivre.
-Bouge toi gamin! Tu es dans mon chemin!
Il devait avoir environ deux fois ma carrure, et ses mains avaient la taille de couvercle de poubelle. Je m’ôtais de son passage, jugeant plus prudent d’éviter la bagarre. Mais l’homme, trop plein, se mit à tituber et pris mon regard vide pour une provocation.
-Keskyia gamin? Mais c’est qu’il chercherait la bagarre, l’insolent!
Il commença à rire bruyamment, accompagné par une bande de type lui ressemblant. Je me déridai un peu, gagné par l’hilarité ambiante. J’avais à peine ouvert la bouche que je me mis à voler vers la porte. Le matelot m’avait attrapé par le collet et m’avait balancé.
-Tu oses te moquer de Piet le Fort, morveux! Tu vas souffrir!
Il rugit, et l’assemblée l’encouragea. Il se lança sur moi. Heureusement pour moi, je fus un rien plus rapide, et réussi à me rouler sur le côté pour éviter qu’il ne me tombe dessus. Je me relevai prestement et m’enfuis sans demander mon reste. J’entendis dans mon dos la porte s’ouvrir à la volée, alors que je prenais la première rue que je trouvais pour rejoindre l’université.
Les matelots me poursuivaient, et gagnaient du terrain. C’est alors que je vis une vitrine éclairée. Je poussai la porte et entrai sans réfléchir. Je vis mes poursuivant passer devant sans même jeter un regard vers ma cachette. Je respirai enfin. Je me rendis compte aussi que quelque un m’observait dans mon dos. Je me retournai, pour rencontrer le regard amusé d’un vieil homme à la barbe fort bien fournie.
-Hum. Vous devriez éviter de vous remettre à courir trop souvent, vous me semblez fatigué. Comptez vous acheter quelque chose, cette fois?
-Cette fois? relevais-je.
-Oui, James, la dernière, vous étiez tout autant tétanisé, mais cette fois là, votre père est venu vous rechercher.
J’observai la boutique en un coup d’œil. Un dôme au plafond, une arrière salle pleine de livres, une petite fontaine au centre de la pièce. Le tout était éclairé par des rangées de chandelles disposées le long des murs et du bassin. Petit à petit, je reconnaissais la boutique dans laquelle je m’étais réfugié presque 12 ans auparavant.
Je fis le tour de la boutique, observant un peu les étagères, mais surtout le vieil homme qui observait le moindre de mes gestes. J’avais inspecté tout le coin des livres, et arrivai aux étagère plus à l’intérieur du magasin lorsqu’un client entra. Le visage de l’homme était caché par une grande capuche qui lui retombait sur les yeux, mais je devinai à ses mains brûlées que sa face devait être dans le même état. Tandis qu’il occupait le boutiquier, je m’intéressais à une étagère remplie de fioles. Les étiquettes me semblaient complètement loufoque : « Sang de Dragon » ; « Sueur de licorne », et j’en passe. Je me permis d’en ouvrir certaines pour sentir. Alors que le client partait lorsque je remarquais une fiole sans étiquette. Je la saisis, et encore aujourd’hui je revois cette scène au ralentit : l’homme fermait la porte au moment où j’ouvrai la petite bouteille ; je la portai à mon nez tandis que le vendeur relevait les yeux vers moi ; je l’entends encore crier, alors que moi, me tournant vers lui, aspire une grande goulée d’air et de contenu.
Soudain une fumerolle s’éleva vers mon nez et s’y introduit, puis se fut une dizaine, puis une vingtaine. Il me sembla un court instant que mon cerveau allait exploser, mon cœur battait la chamade, et j’entendais mon sang passer dans mes veines. Ce moment de souffrance extrême me sembla durer des heures, mais il ne prit que quelques minutes avant que je ne m’évanouisse sous la douleur.

Je ne repris conscience que sous l’effet de l’eau froide que m’envoya le vieil homme. J’entendais tout ce qui se passait dans mon corps, le moindre souffle d’air que je prenais, le bruit de mon estomac qui travaillait, si je faisais attention, j’étais sûr de pouvoir entendre mes cheveux pousser.
Ma bouche s’ouvrit, sans que je ne la contrôle, et je poussai un long cri de rage. Il y avait quelque chose, une sorte de folie en moi qui contrôlait aussi mon corps. Lorsque le cri fut éteint, je demandai au vendeur ce qui s’était passé.
-Vous avez inhalé un puissant esprit, un Telchine. Ce sont de très anciens esprits du feu, ils sont hélas terriblement dangereux et puissant. D’habitude, nous les gardons enfermé dans des bouteilles ensorcelées au sang qui ne leur permettent pas de sortir. Mais vous avez ouvert la bouteille et aspiré le démon en vous. Celui que vous avez entravé avec votre corps s’appelle Svart, c’est l’un des plus vieux esprits existants au monde. Il a participé à la construction de la Lance d’Odin, et s’occupait de forger les fers de Sleipnir. Il est connu sous de nombreux noms, mais il est surtout reconnu pour sa cruauté et son intelligence.

À Elgénam, une certaine dose de magie fait partie du quotidien. La plupart du temps, elle est surtout présente dans les légendes urbaines qui courent sur la construction de l’une des plus vieille ville des Gweldydd, les Marches Nordiques. Par exemple, on raconte que la cité est basée sur une incohérence : si on additionnait la surface de chaque bâtiment, on n’obtiendrait plus du double de la surface de la ville. Il doit y avoir non loin d’une centaine d’histoire de ce genre, mais pour moi, ce ne sont toujours resté que des légendes. Donc il est inutile de te dire, cher lecteur, quelle ne fut pas ma surprise lorsque cet homme m’annonça que j’avais inhalé un esprit maléfique et terriblement dangereux.

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Dernière édition par Douyn F. Iridi le Lun 28 Déc 2009 - 3:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Mer 15 Juil 2009 - 18:57

Salut Douyn !

J'aime beaucoup ce que tu nous livres là. C'est assez original même si ça manque un peu de pêche, je trouve (Sans critiquer outre mesure). On a pas souvent l'histoire d'un libraire d'articles magiques. Attention aussi à ne pas reprendre des clichés de Harry Potter (Ce n'est pas le sorcier qui choisit sa baguette, c'est la baguette qui choisit le sorcier...), mais sinon c'est fort sympathique j'ai bien pris mon pied (Au sens figuré) grâce à une écriture fluide et légère, continue !

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Ven 14 Aoû 2009 - 20:11

-Comment faire pour m'en débarasser? demandais-je au vieil homme.
Il réfléchit un instant, puis m'annonça gravement qu'aucun moyen n'existait. Ma mort libérerait l'esprit dans notre monde, et il aurait mon corps pour apparence physique. Cela déclencherait, selon lui, un cataclysme digne du déluge en version feu de l'enfer.
-Mais tout le monde meurt un jour. Nous n'avons pas d'autre choix!
-Si, il en existe un. Mais peu d'humain en sont capables, et je n'en connais qu'un qui y soit arrivé, malgré lui. Mais il pourrait t'aider. Il n'y a pas de temps à perdre, nous devons partir.

D'un pas étonnamment vif pour son âge, l'homme fila dans son arrière boutique. Il y resta plus d'une dizaine de minutes avant de revenir avec un paquet long et qui semblait assez lourd.
Il enleva le papier craft et déroula un long tapis perse, d'une magnifique couleur bordeaux lie-de-vin.
-Monte là-dessus, me dit il. Et tiens toi bien au centre...

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Dim 30 Aoû 2009 - 19:23

-Numen Evol, dit-il.
Pendant une ou deux secondes, rien ne sembla vouloir se passer. Puis, les franges du bords du tapis se soulevèrent à la verticale, et le tirèrent vers le haut. D'abord à une dizaine de centimètre du sol, le temps que le marchand monte dessus, puis, une fois dehors, de plus en plus haut, le tapis s'éleva.

Nous nous enfonçâmes loin dans le ciel nocturne, et bien au dessus des toits, et des lumières d'Elgénam.
Le vent mêlait mes cheveux, et je m'endormis.
Je rêvai que je volais librement. Je voyais sous moi la terre, je me penchais, et plongeais en piqué, lorsque je fus réveillé, pendu par ma ceinture.

-Tu prends des risques, me hurla le boutiquier par dessus le vent. Remonte sur ce tapis immédiatement.
Durant mon sommeil, Svart avait tenté de maîtriser mon corps, et de sauter: si je mourrais, il était libre.

Nous n'avions vraiment pas beaucoup de temps.

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Ven 4 Sep 2009 - 15:15

Sur le reste du trajet, nous ne prononçâmes presque aucune parole.
M'étant assoupi plusieurs fois, j'avais toujours risqué ma vie. Si bien que Gurt, le boutiquier, s'était décidé à me ligoter pour que mon corps ne puisse bouger.

Nous avions survolés bien des mers, des océans, des plaines et des forêts. Au-dessus d'un marais qui m'était inconnu, nous fûmes attaqués par une bande de créature pour le moins étrange, que je ne connaissais pas.

- Prépare toi à des choses que même les plus crédules d'Elgénam n'ont jamais vu en rêve. Prépare toi à vivre peut-être l'invivable, attend toi toujours à l'imprévisible. Sois surpris de tout, toujours, mais n'en laisse rien paraître, car maintenant, nous arrivons au-delà des limites de ce que notre esprit peut tolérer.

C'était les seules phrases de plus de trois mots qu'il ait prononcées depuis ma première "tentative de suicide"...

Nous avions survolé une immense cité bleu translucide, d'un beau transparent qui pourtant réfléchissait presque la lumière. Une cité de glace, perdue au milieu d'un océan de pureté. Les éléments s'y confondaient, le ciel, l'eau et la terre gelée semblaient ne faire qu'un. Je ne sais combien de temps nous sommes restés au-dessus de ce désert blanc, mais je sais que je ne vis pas poindre le jour.
Sur le tapis, nous grelottions, mais Gurt ne relâchait pas sa vigilance. J'ignore comment il faisait pour ne pas devoir dormir ni manger. Je me demande, encore aujourd'hui, s'il était vraiment humain.

Nous avions survolé un pays de landes et de collines, ou les lacs, couvert de brumes, semblaient d'immenses miroirs couvert de buées. Des sons inconnus à mes oreilles résonnaient, roulaient de collines à collines. Je passai la tête, étroitement surveillé par le boutiquier, par dessus le bord du tapis.
Au sol, des hommes en jupe, faisaient réjouissance au son de ces sortes d'outres gonflables pleines de tuyaux.

Puis, bien plus tard, après avoir repassé au dessus d'une mer et de nombreuses terres, nous avons atterris dans la clairière d'une forêt immense. Non loin de nous, une espèce de petite mare, dont l'eau bouillait. Gurt s'y désaltéra et me conseilla d'en faire autant. L'eau était froide, malgré les gros bouillons et la vapeur qui s'en échappait.
Pour y boire, étant plus petit que Gurt, je dus m'appuyer sur une pierre blanche et plate qui se trouvait près du bord. Je pris un peu d'eau dans mes mains, et but. De l'eau coula de mes mains sur la pierre. Et à l'instant même où l'eau entrait en contact avec le minéral, le ciel se remplit de nuages sombres et menaçants, qui craquèrent et tonnèrent, nous envoyant une pluie diluvienne au visage.

-Bienvenu dans la forêt des mystère, James, me dit Gurt en riant sous la pluie.
-Bienvenue à Brecheliant, reprit une voix plus rauque, comme rouillée parce qu'on ne s'en était pas servi depuis longtemps...

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Mar 22 Sep 2009 - 16:19

Je commençais tout doucement à me sentir mal à l'aise.
Cela faisait déjà deux heures que le vieil ermite s'était présenté à nous, et presque autant qu'il parlait avec Gurt.
La nuit tombait tout doucement, et je commençais à m'assoupir, lorsque le boutiquier me secoua.

-Merwynn veut te parler, me dit il.
Il avait l'air sombre, mais soulagé;

Je m'approchai du vieil homme qui me fit signe de m'asseoir sur une souche.
-Bonjour, James. Je me nomme Merwynn, comme te l'a dit Gurt.
-En quoi pouvez-vous m'aider? Vous êtes un genre de... sorcier?
-Je me débrouille assez bien en magie, dit-il d'un air malicieux. Mais il y a plus fort que moi, évidemment, comme nous en rencontrons toujours. Et pour répondre à ta première question, oui, je pense pouvoir t'aider. Sais-tu qui je suis?

Face à ma réponse négative, il se mit à expliquer que sur son monde, il était très connu, sous différents noms. Il n'avait plus d'âge, car il avait été enfermé il y a déjà longtemps par une fée dans une pierre, et avait ainsi échappé à sa mort. Il se souvenait vaguement de plusieurs choses de sa "vie avant la pierre", comme il l'appelait. Il avait aidé des rois, il était aidé de fées et d'autres encore. Mais tout cela lui semblait flou.

-Si ta mort te perd, alors sache que tu risque fort aussi de perdre la mémoire, me dit-il. Ces choses là sont liées : nous avons la mémoire pour nous souvenir des choses que nous perdons. Or, comme chaque homme un jour perdra la vie, il s'en souvient jusqu'à l'instant final. Mais toi et moi sommes condamné à errer à travers les siècles, à côtoyer des milliards d'homme si nous voulons pouvoir être utile à l'humanité. Vois tu, moi aussi, en quelque sorte, j'ai mon démon intérieur. J'ai mes erreurs, et je me bats pour la sauvegarde de l'homme, pour qu'il reste sur le chemin du juste sans se laisser aliéner par le démon.

Il m'expliqua ensuite ce qui allait m'arriver.
Il allait, par un rituel plus que complexe, m'exorciser d'un esprit : celui de la mort. Lorsque je lui demandai pourquoi il ne pouvait pas me débarrasser de Svart, il eut un sourire triste, et me répondit que j'avais beaucoup de chance : malgré mon jeune âge, j'avais déjà assez bien de sagesse.
Puis il me ramena près de la fontaine et me dit de me reposer, nous commencerions le lendemain à l'aube.

Durant la nuit, il me sembla qu'il observait les étoiles, tout en parlant au ciel. Je crus saisir
-Tout est prédestiné, mais pourquoi cela?
Mais je me rendormis et le lendemain à l'aube, je ne lui posai pas la question de savoir si j'avais rêvé où s'il avait réellement parlé au ciel.

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Jeu 29 Oct 2009 - 18:05

Le rituel était bien plus long que ce à quoi je m'attendais. En fait, au bout d'une semaine, je n'avais toujours rien fait qui puisse apparemment m'aider. Merwynn me faisait transporter des branches à longueurs de journées, puis me faisait couper du bois, il m'apprit à faire du feu dans la forêt, à le gérer pour ne pas incendier le tout... Ce genre de chose ne me semblait pas très utile, d'autant qu'il se révélait être un maître très strict.
Au bout d'une semaine, rompu, les muscles en compote par les nombreux travaux paysans et forestiers que j'avais accomplis, il m'annonça fièrement.

-Je suis content de toi, tu évolues bien. Maintenant, nous allons passer au stade suivant.

Sans me prévenir le moins du monde, il me frappa avec son bâton au niveau de la tempe. Je restai assommé pendant le reste de la journée. Il avait de la force pour un vieil homme.

-Tu dois rester constamment sur tes gardes, me dit-il à mon réveil. Toujours être prêt à te battre, car ici, c'est une tradition assez courante.
-Mais, je ne sais pas me battre, répondis-je piteusement.

Merwynn leva les yeux au ciel, soupira un grand coup, puis, avec une légère pointe d'ironie, me demanda
-Pourquoi crois tu que tu es ici? Pour apprendre, petit idiot! Alors sois patient et suis les conseils que je te donnerai.

Durant un mois, qui me sembla interminable, il m'apprit à me battre au bâton, à l'épée, il m'apprit même quelque rudiments de magie, surtout afin de me protéger.
Chaque jour, lorsque je m'endormais sur la mousse près de la fontaine, je sentais tout mon corps qui se relâchait enfin et qui criait au martyr. En moi, Svart rigolait de mes souffrances, toutes ces choses qui lui étaient complètement inconnues. Il avait bien fait quelque tentatives, mais le vieux sorcier de la forêt veillait trop bien pour qu'il ne m'arrive quelques chose.

Enfin, après je crois encore deux mois de ce traitement intensif, Merwynn me fit asseoir en face de lui, dans un cercle de petits monolithes dressés dans une clairière, puis il ferma les yeux et m'enjoignit de ne surtout pas sortir du cercle, quoi qu'il arrive, quoi que je voie. Il se mit alors à réciter des paroles étranges et incohérentes pour moi qui n'en avait jamais entendu de semblable.
Le cercle se mit à briller, et une légère musique m'environna de toute parts. Puis, la lumière devint flamme. Je tressaillis : j'avais horreur du feu.
Petit à petit, toute les flammes se rejoignirent face à moi prirent la forme d'un immense serpent, puis d'un monstre tentaculaire, puis enfin d'un corps encapuchonné qui tendit un doigt squelettique dans ma direction et avança d'un pas. Je reculai. L'apparition se jeta alors violemment sur moi, et je m'échappai en courant vers le couvert des arbres.

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Mer 23 Déc 2009 - 23:17

Mon échec me faisait honte. Je restais terré sous le couvert des arbres, caché, dissimulé, de peur d'avoir à affronter de nouveau Merwynn. Mais comme j'aurais du m'y attendre, la magicien me trouva sans peine au bout d'une dizaine de minute de recherches.
-Tu as échoué et c'est normal. Mais tu as eu beaucoup de chance que je ne te fasse pas confiance : j'ai crée des images terrifiantes pour la plupart des personnes, mais je n'ai pas invoqué d'esprit. La prochaine fois, c'est ce qui t'attend, et là, si tu fuis, tu nous tue tous.
Je déglutis, et sentis bien malgré moi une lueur de défi monter dans mon regard.
Svart m'utilisa pour parler au vieux de la forêt.
-Intéressant, ainsi, tu comptes prendre ce risque, vieux fou...

De nouveau, l'entraînement reprit. J'ai l'impression, en regardant ma vie, que cela a duré des décennies entières, mais je sais que cela n'a pris que quelques saisons, qui furent rythmées de coups, de théorie, de magie. Lorsqu'arriva l'aube de ma troisième année passée avec le vieil homme, il me dit qu'il me pensait prêt. Je me souviens de cette journée comme du plus grand stress de ma vie.
J'ai suivi les conseils de Merwynn. J'ai tenu trois cahier. Un cahier relatant mon passé, ma vie, mes souvenirs. Un second livret dans lequel j'avais consigné les parties importantes de ma mémoire. Un troisième que je continuerai à écrire, au cas où. Rassuré sur ce point, je m'avançai dans la clairière au crépuscule.
Le vieil homme m'attendait.

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Jeu 24 Déc 2009 - 18:39

Une fois assis dans le pentacle de protection. Je sentis Svart se manifester en moi. Je le sentais presque remuer. J'avais conscience d'avoir en moi quelque chose qui voulait ma mort plus que tout au monde.
Je du me focaliser sur l'immobilité, je du me concentrer sur le sol. Je me souviens, je tremblais de tout mon corps alors que Merwynn sautillait, chantonnait, psalmodiait. Soudain, la clairière disparu. Autour de moi que le noir. Je me forçai à rester agenouillé. Différente vision des gens que j'avais aimé passèrent. Je me souviens aussi de la sensation d'étouffemement qui me pris lorsqu'apparut la grande forme encapuchonnée.
En avançant vers moi, elle prit différente forme. Le mur de feu, le serpent, mais aussi un espèce de psychopathe qui m'évoqua les légendes du croquemitaine de mon enfance. Mais la dernière image reste gravée dans ma mémoire comme si on l'y avait imprimée au fer chauffé à blanc.
La Camarde ôta son capuchon lorsqu'elle fut presque sur le bord du cercle, et
Joël se tenait devant moi, souriant, radieux.

-James, tu me manques. Pourquoi n'es tu plus revenu à la maison? Tes études nous ont éloignés.

Instinctivement, je me levai, complètement hypnotisé pas cette apparition.

-Suis moi, allons nous en d'ici, rentrons.

Je fis un pas vers le bord. Il me tendit la main, je levai mon bras. Comme derrière un mur, comme si j'étais sous l'eau, j'entendis quelqu'un crier. J'eus un instant d'hésitation, et Joël marqua un petit geste d'impatience, comme quand il était énervé. J'en étais sûr, c'était lui. Je levai encore ma main et effleurai sa peau. La brûlure que je ressentis alors dans tout mon être me fit me recroqueviller autour de ma main qui brûlait.
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je devins sourd, muet, aveugle. Mon sang s'était transformé en feu, ma bouche me brûlait, mes yeux saignaient. J'avais l'impression d'avoir la tête prise dans un étau, qu'on me passait le cerveau dans nuage de tempête. Je sentais Svart qui jouissait en moi, et son plaisir me fit d'autant plus mal. Ma peau était devenue lumière, mes os me frappaient de l'intérieur.
Je me redressai et hurlai au ciel, puis tombai à genoux, et ce fut la fin.

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Ven 25 Déc 2009 - 18:49

Super! J'adore le suspens à la fin. J'attend avec impassience la suite -si il y en a une, ce qui ne fait aucun doute). Merci pour ce moment de bonheur !
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Dyrm
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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Lun 28 Déc 2009 - 2:40

Mais comme vous vous en doutez, chers lecteurs, ce n'est pas LA fin. Sinon, vous ne me liriez certainement pas, n'est-ce pas?
À dire vrai, je restai inconscient deux jours, selon Merwynn. Je ne me réveillai qu'au zénith du troisième, très faible, et la mémoire défaillante. À vrai dire, j'étais totalement amnésique. Je me rappelais juste d'une immense douleur, comme si mon coeur, ma tête et mon âme allaient se séparer. Je me souvenais aussi avoir pensé et désiré mourir.
Le vieil homme me remit debout en une semaine. Il me fit relire mes cahiers, pour ne pas que je perde complètement trace de mon passé. Pendant tout ce temps, Svart ne s'était que peu manifesté. J'en profitai pour demander à Merwynn pourquoi il s'était débarassé de ma mort plutôt que de détruire l'esprit qui était en moi.

-Cela m'était impossible. Vois-tu, lorsqu'un esprit aussi puissant et maléfique que celui-ci goûte à du sang, il est difficile, voir impossible de l'en détacher. Alors en plus du sang humain, c'était risqué de te tuer.

Lorsque Svart se remanifesta officiellement, il parla par ma bouche, et le magicien lui fit comprendre en quelques mots que désormais, il n'aurait plus le choix, nous étions destinés à vivre dans le même corps jusqu'à la fin des temps.

Toute cette nuit là, l'esprit m'envoya des rêves de puissances, de domination, de destruction. Mais j'avais appris à n'écouter que mon esprit. Je réussis donc à éviter de l'écouter.
Au bout d'un mois, j'arrivais à maîtriser mon corps et son plein potentiel. Svart était toujours aussi indomptable, et prenait mon corps d'assaut, si je puis m'exprimer ainsi.
Je me souviens d'une fois où il me fit perdre l'équilibre au-dessus de la cîme d'un peuplier. J'en suis tombé, et me suis brisé les membres en quinze morceaux. Mais l'exorcisme avait fonctionné. Je n'étais pas sorti du cercle, et j'étais donc immortel. Sept mois plus tard, j'étais de nouveau debout et récupérait l'usage de mes bras et de mes jambes sous l'oeil attentif de Merwynn.

Au bout de cinq ans, j'arrivai à reprendre le contrôle lors des attaques du démon. Le magicien m'entraînait impitoyablement, sans me laisser un instant de répit. Lorsqu'au bout de ces cinq années il fut content de moi, il décida de me laisser partir. Je n'étais pas vraiment prisonnier, et ne me sentais pas comme tel, mais lorsqu'il me l'annonça, je n'eus qu'une impulsion : faire mon baluchon.
Ainsi, bien longtemps après être parti d'Elgénam, je m'apprêtais à y retourner. Revoir ma famille, rechercher des souvenirs, essayer de trouver un emploi...
Mais la route empruntée jamais n'est droite. Croyez-moi, lecteurs, j'ai eu autant de rebondissements, de péripéties, d'aventures dans ma vie que tous les recueils de contes pourraient contenir. Mais lorsqu'on se sait immortel, cela perd toute sa saveur, on ne prend finalement pas de grands risques, et c'est pourquoi je me permet de passer ce demi-siècle au profit d'un événement qui a marqué un tournant dans ma vie.

Longtemps après mon exorcisme, je poursuivais un voleur à la tire qui venait de prendre le sac de ma fiancée lorsqu'au détour d'une rue, je vis une vitrine qui, malgré moi, m'était familière. J'entrai donc, laissant là le voleur et ma fiancée (que je n'ai jamais revue, soit dit en passant).
La boutique recelait une pléiade d'objet étranges et pour la plupart, magiques. Un comptoir en bois poli, et derrière, une espèce de tronc d'arbre dont l'écorce brune était creusée de profonds sillons. Je m'approchai voulant en déterminer l'essence, lorsqu'une fente sous ce que j'avais pris pour une petite branche.
-Bonjour, James, cela fait longtemps.
Je fis un bond vers l'arrière et me collai au mur. Gurt le boutiquier!
Il m'expliqua alors sa vie, me précisant qu'elle touchait à sa fin, et que malgré son grand âge, il n'avait pu trouver d'apprenti. Cette boutique demandait un soin quotidien, et elle était particulière.

-Elle se déplace au travers des âges, des époques, des mondes et de l'espace. J'ai vendu pas plus tard qu'hier un livre sur l'Art Sombre à un Chevalier du Saint Ordre Teutonique, et ce matin je me suis réveillé ici. Parfois sur une même journée, je vois entrer un soldat celte suivi peu après d'un Gnome ingénieur des Hautes Terres. Je pense même avoir déjà vu passer un squelette qui cherchait son crâne.

Il rit à cette pensée cocace, et m'expliqua qu'il n'avait jamais compris le fonctionnement de la boutique. Simplement au fil du temps, il avait finit par en faire partie. C'était un pivot d'aventures, mais il n'a jamais eu l'occasion de toutes les connaîtres. Chaque personne qui entrait dans cette boutique était à un tournant de sa vie, et très peu étaient capables de la retrouver, bien qu'elle semblât être présente à plusieurs endroits à la fois.

-Je pense, me dit-il d'un air malicieux, qu'elle n'apparaît que lorsqu'on ne la cherche pas. Elle vient à celui qui lui est ouvert et lui offre une aventure, une folie, une vie digne de lui. Merwynn est le seul que j'ai vu entrer à de nombreuses reprises. Étrange vieil homme, n'est-ce pas? Je ne dois pas être mal dans mon genre non plus...

Je restai avec lui jusqu'au crépuscule, essayant en vain de me souvenir de détails vécus ici. Avant que je ne m'en aille, il me proposa de lui succéder.

-Tu es le meilleur pour elle. Tu dois comprendre pas mal de choses étranges, et puis, tu enfermes Svart. Je suppose que tu dois être puissant, il n'est pas impossible que tu attires pas mal d'aventures, peut-être même au magasin lui -même, qui sait...

Sur le moment, la proposition me toucha tellement que j'acceptai. Gurt n'eut que le temps de m'expliquer que je serai lié à elle pour l'éternité et que je ne pourrai la quitter qu'en mourrant et après avoir trouvé un successeur, et sur son dernier souffle, il acheva sa transformation en tronc bizarrement sculpté.
Je restai très attristé de sa disparition, et ai beaucoup pleuré.
Mais mon Dieu, à quoi m'étais-je donc engagé?

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Dim 7 Fév 2010 - 4:09

Second récit
Morizio ou la fille aux cheveux de sang



J'entrepris donc de faire le tour du magasin, n'y connaissant rien. La réflexion évidente me vint que je ne pouvais mourir et que je serais donc ici pour l'éternité, sans doute. Je dois bien t'avouer, lecteur, que j'ai eu fort peur, et ne te cacherai pas avoir eu l'envie de m'enfuir en courant. Mais heureusement pour nous, je ne l'ai pas fait.
J'ai commencé par inspecter le bureau. Il y avait là trois livres. Un vieux livre, énorme et volumineux, qui portait sur sa couverture de vieux cuir la mention « Comptes et inventaire ». Le second, un peu plus petit, mais pas tant, portait la mention « Journal ». Je me décidai à en recommencer un, comme Merwynn me l'avait conseillé longtemps auparavant. Mais je classai celui de Gurt dans un coin, en me demandant si je devais le lire ou non. Le troisième était un index, relié de cuir noir, sans titre. Il renvoyait à toute une série de bouquin qui se trouvait dans la bibliothèque de l'étage. Je montai voir. Tous les ouvrages que je feuilletai au hasard semblaient raconter les histoires des clients. J'en eu la preuve lorsqu'au treizième livre, je vis, écrit dans d'une petite calligraphie fine : « James J. Flynn, le buveur d'esprit ». Était expliquée ma première arrivée dans le magasin, avec ce que Gurt avait pu recueillir sur moi. Ma deuxième entrée était une dizaine de livre plus loin. Elle expliquait comment j'avais absorbé l'esprit du feu, et comment le boutiquier avait réagi. Cela s'arrêtait là. Après, il ne restait plus que deux ou trois livres, tous pareillement remplis d'histoires aventureuses. On semblait attendre de moi que je consigne la vie des clients, et je me résolus alors à le faire. La porte du fond donnait sur une pièce avec un siège très étrange et une autre porte, qui s'ouvrait sur une chambre basse et dont tout l'éclairage venait de vitres dans le plafond, dévoilant un ciel gris bleu. Je redescendit inspecter le reste du magasin.
La boutique ressemblait à toutes celles que j'avais connues. Si ce n'est que les objets qu'elle recelait étaient tous très différents. Certaines étaient étiquetés, d'autre pas. Svart se manifesta quand je vis le rayon avec les bouteilles et les lampes à génie.
-On devrait les libérer, tu ne sais pas ce que c'est que d'être enfermé, me dit-il.
-C'est étrange, je ne te savais pas capable de pitié. Tu es enfermé pour l'éternité et tu souhaites la liberté des autres.
Alors que je dialoguais avec mon propre corps, un jeune homme entra, et m'entendant, se dirigea vers moi. Il toussota de manière discrète lorsqu'il remarqua que je lui tournais le dos.
Je sursautai et me retournai. Je crois, et cela est cocasse, je trouve, que nous nous sommes regardés pendant une dizaine de seconde avant que je ne pense à lui lâcher :
-Bonjour, bienvenue à la ... euh... la Boutique. Je suis le nouveau propriétaire, James J. Flynn. Enchanté de faire votre connaissance.
-Bonjour, je m'appelle Morizio, dit-il. Pourriez vous me dire où elle est?
Je le regardai, interloqué. Personne n'était entré avant lui.
-Qui donc?
-La fille qui vient d'entrer. Vous ne pouvez pas ne pas l'avoir vue. Elle est de ma taille, élancée, elle a le visage très pâles et de magnifiques yeux bleus.
-Désolé, je n'ai vu personne. Je ne suis que marchand, pas agent matrimonial.
Il rit de ma remarque et s'intéressa aux articles. Il regarda les bouteilles de génie, jeta un coup d'oeil aux instruments qu'il ne semblait pas connaître. Lorsqu'il arriva aux rayonnages de bouquins, il poussa un cri.
Je le rejoignis aussi vite que possible. Il tenait un bouquin en tremblant. Je me penchai par-dessus son épaule. Au-dessus des caractères, le dessin d'une jolie fille aux cheveux rouges nous souriait. La couleur de ses cheveux faisait ressortir le bleu de ses yeux.
-Je... je... je vous le prend. Combien?
Je manquai de lui dire trente-deux fzodrin, mais je doutai d'un coup qu'il connût cette monnaie qui était la mienne. Je lui dit donc simplement
-Trente-deux.
Il me tendit un billet bleu avec un grand « vingt » marqué dessus et six pièces de deux, d'or cerclé d'argent. Je regardai ces choses pour moi nouvelles et il sortit en courant. Je m'assis un moment sur Gurt-souche-d'arbre, fit rapidement les comptes et montai revoir le siège. C'était un siège qui maintenait bien la colonne en place. Il offrait pile la transition entre la position couchée et la position debout, avec d'excellent soutien. Au bout des accoudoirs, deux boules de cristal luisaient faiblement. L'appui-tête était fort curieux. Couvert d'une mousse noire pleine de bosse et de creux, il était le départ de nombreux fils ou tuyaux extrêmement fins dont une grande quantité rejoignaient et semblaient alimenter des baignoires que je ne remarquai qu'alors. Malgré cet étrange apparat, il semblait confortable, et je ne pus m'empêcher de l'essayer.
J'appuyai mes mains sur les globes, étonnamment ils étaient tièdes.

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Lun 5 Avr 2010 - 11:53

Au moment même où j'appuyai ma tête sur le fauteuil, j'eus l'impression de tomber dans un trou sans fond. Des centaines de fantômes passèrent à côté de moi. Dans les visages que je n'apercevais que très fugitivement, tous me semblaient connus. Mais pas un seul ne me regardait, et tous me laissaient tomber. Je perdis toute notion du haut et du bas, de la gauche et de la droite. Un moment, je perdis même la sensation de tomber. Je n'étais plus qu'une sorte de sphère qui filait entre les visages, dans à peu près tout les sens, s'arrêtant un peu plus sur certains, mais toujours continuant son chemin.
Un moment, j'arrivai face au jeune homme qui venait de sortir du magasin. Je me sentis, sans pouvoir rien contrôler, entrer en lui. Et d'un bloc, sans prévenir, une foule de souvenir entra en collision avec mon esprit. J'en eus le souffle coupé...

***

Il s'appelait Morizio. Il avait grandi dans un pays chaud, où la magie avait encore une grande place. Sa mère, une brave lavandière avait des cheveux roux très vifs, et son père, qui avait presque plus de moustache que de cheveux, avait une pillosité noire, comme les ailes d'un corbeau. Tous deux l'avaient élevé, lui leur fils unique, en se saignant comme ils pouvaient pour qu'il soit bien. Le père avait essayé de lui apprendre le métier de mécanicien qui était le sien, mais le tempérament rêveur de son fils lui avait vite fait oublier l'idée.
Morizio avait passé une grande partie de son enfance à courir les champs, à faire de longue marche dans la campagne ensoleillée en été, et enneigée l'hiver.
Ils vivaient au pied d'une chaîne de montagne, et pendant l'hiver, il n'était pas rare qu'ils montent au refuge pour aider les touristes.

À 16 ans, le fils avait quitté la maison avec son baluchon, en disant à son père qu'il allait chercher l'aventure. Son père lui avait demandé de rester, d'être raisonnable, sa mère l'avait supplié. Mais Morizio avait tenu bon, et avait tourné le dos à la maison, laissant ses parents morts d'inquiétude à son sujet. Sa mère avait passé des nuits à pleurer, et le père avait même essayé de le retrouver. Mais jamais il n'y parvint. Au bout d'un an et un jour, gardant tout de même l'espoir de le revoir, ils arrêtèrent de penser à lui, et vécurent seuls.

Durant cette année, Morizio était descendu vers le sud. Il avait longé un bout de côte, avait travaillé comme gondolier six mois dans une ville sur la lagune, où les rues étaient des canaux et où l'on se déplaçait à la force des bras, sur de petits bateaux légers et manœuvrables, les gondoles. C'est là qu'un jour, il vit ma boutique, pignon sur l'eau, chose inhabituelle, même dans cette cité peu conventionnelle. Il n'y avait pas pris garde, et passait devant tout les jours, sans y faire attention. Jusqu'au jour où, buvant un café sur le bord d'une place bondée de pigeon et de touriste, il vit une jeune femme aux cheveux rouges, qui attira son attention. Elle semblait effrayée, comme poursuivie. Elle le regarda, lui fit un clin d'œil et partit en courant. Suivant son bête instinct, Morizio se dit qu'il avait enfin trouvé soit l'Amour, soit l'Aventure, il se leva d'un bond et la suivit aussi vite qu'il pouvait. Elle prit une gondole, puis une autre, et lui la suivait.
Lorsqu'elle entra dans ma boutique, il la suivit, et ne vit que moi. La suite je la connaissais par moi-même. La fille était le livre. Et le livre l'avait trouvé. Mais que devaient-ils accomplir ensemble?

À peine rentré chez lui, le jeune homme l'ouvrit. Il se plongea dans la lecture. L'auteur, Zoé Enki-Éa, était une jeune fille passionnée par la mort. Elle y développait un concept que Morizio trouva intéressant, et moi aussi par ailleurs:
« Chaque homme a sa propre mort, comme un esprit en lui qui lui ronge le corps petit à petit, et qui prend la forme décidée le jour venu », expliquait-elle dans son ouvrage. « Parfois cet esprit se réveille plus ou moins tard, parfois, il se manifeste sans prévenir ». Elle développait tout un principe, la Redistribution, de l'« après-mort ».
Elle racontait, dans la seconde partie de son livre, comment elle avait rencontré sa propre mort, et le funeste amour qui en avait découlé. Après plusieurs tentatives infructueuses, elle avait décidé d'abandonner, car il ne viendrait jamais la chercher.
Étrangement, l'histoire1 semblait excessivement familière à Morizio, sans qu'il ne put dire pourquoi. Rêveur depuis l'enfance, il ne put s'empêcher d'y voir une aventure digne de ses héros. Il sentait en lui quelque chose de différents des autres. Sa décision fut rapidement prise : l'auteur, ne pouvant mourir à cause de cet amour, devait être en vie, quelque part. Il la rencontrerait, et lui expliquerait tout! Alors, sans doute que ce vide qu'il sentait en lui se comblerait.
Il n'en fallut pas plus pour lancer le jeune méridional sur les traces de l'auteur de son nouveau livre de chevet. Il chercha ma boutique, sans doute pour me demander des renseignements sur le vendeur, mais ne la retrouva pas. Elle avait sans doute encore bougé. Il prit un autre partit alors...

-Bonjour Monsieur, en quoi puis-je vous aider?
L'homme derrière son ordinateur le regardait par-dessus ses lunettes de l'air austère que l'on connaît des bibliothécaire.
-Excusez-moi, je fais des recherches sur un auteur. Elle s'appelle Zoé Enki-Éa.
En quelques mouvements de doigts rapides et saccadés, l'homme avait entré la recherche. Il tourna l'écran pour montrer à Morizzio la face de son échec : « Votre recherche n'a donné aucun résultat ». Elle était inexistante dans les quatre bases de données questionnées.
-Êtes-vous sûr qu'elle existe?
Morizzio, excédé par ces réponses qui se répétaient dans tous les centres de documentations de la ville (à croire que les bibliothécaires y étaient entraînés) sortit le journal de son sac et le tendit au fonctionnaire. Celui-ci y jeta un rapide coup d'œil en marmonnant pour lui-même.
-Mmmmh... manuscrit... pas de maisons... pas d'année... théorie, journal...
Il le retourna et le feuilleta, comme s'il espérait que quelque chose en tombe, mais rien ne sortit du livre.
-Alors, vous êtes sûr qu'elle existe? demanda le jeune homme avec un air bravache.
Le bibliothécaire lui sourit derrière ses lunettes.
-Vous faites donc des recherches sur l'auteur? lui dit-il. Je n'ai rien sur elle. Mais peut-être qu'on peut trouver sur ce qu'elle a écrit...
Morizzio retrouva une lueur d'espoir. Avec l'aide du fonctionnaire, il entreprit de lister tous les termes qui auraient pu se rapporter à l'ouvrage de Zoé Enki-Éa. Cela leur prit longtemps. Si longtemps que la bibliothèque fermait ses portes quand ils purent enfin sortirent une liste de titres qui se rapprochaient de plus ou moins loin des thèmes.
-Désolé, je dois fermer. Mais revenez demain à la première heure.
Devant l'air dépité de Morizzio, il ajouta, sur un ton intéressé :
-Je serai de service, je vous ouvrirai...

Le lendemain, le jeune homme trépignait déjà depuis près d'une demi-heure devant la porte, tenant son précieux livre serré contre lui quand le bibliothécaire arrima sa gondole au pied de l'édifice municipal.
-Aha! le salua le fonctionnaire, enjoué. C'est un plaisir de voir la jeunesse partante pour une longue journée de recherches acharnées. Bienvenues dans nos archives, jeunes hommes.
Sur ces mots, il lui ouvrit la porte, et le laissa se glisser entre les hauts rayonnages de livres. Morizio chercha tout le jours, il passa la matinée à lire, l'après-midi à prendre des notes. Mais lorsqu'au soir le bibliothécaire vint le trouver pour lui annoncer la fermeture, le jeune homme n'avait toujours rien. La nuit durant, il hésita. Cela valait il bien la peine de continuer? Une journée de recherches pour quoi? Pour des informations sur une apparition cachée dans un manuscrit trouvé dans une librairie qui avait d'ores et déjà disparu de la surface de son monde. Mais quelle apparition! Le simple fait de repenser à ce visage fin et malicieux, à ces cheveux rouges comme les siens, Morizio tombait presque dans une langueur nostalgique. Ses songes furent hantés par la jeune fille, si bien qu'au réveil, sa détermination était revenue.
Deux jours encore, il chercha. Il feuilleta, compulsa, examina des dizaines et des dizaines d'ouvrages avant de trouver une piste. Celle-ci tenait dans un vieux conte magyar, parlant des « Esprits des Morts ». Impulsif et impatient, Morizio remercia le bibliothécaire et partit à toute vitesse.
Il n'avait pas beaucoup de bagages : il occupait une petite mansarde sous les toits que sa logeuse lui louait à très bas prix. Il empaqueta ses quelques vêtements dans le vieux sac en peau que lui avait laissé son père, y fourra quelques restes rassis de nourriture, ainsi que son précieux livre. Il lui fallut moins de quatre heure pour avoir quitté la ville.
Les magyars étaient un peuple qui habitaient à environ trois jours de marches au Nord-Est. Morizio eut un peu de peine en traversant les montagnes, qui formaient la frontière naturelle au Nord du pays, car les paysages lui rappelaient sa terre natale. Mais il tint bon, et arriva sans trop de peine. Il pénétra dans le pays par la Grande Porte de l'Ouest, et s'enfonça dans les terres. Il marcha d'abord sans but, errant de villages en villages, sans trop savoir que chercher. Sur les places, il écoutait les conteurs et leurs histoires, dans les granges où il dormait, il réfléchissait sans trop savoir quoi faire... Maintenant, il lui semblait qu'il était bloqué.
Mais il continua son voyage. Pour pouvoir continuer à manger et vivre, il s'arrêta dans une ferme, et se proposa comme manœuvre, le temps de refaire son sac. Le fermier, un honnête homme pas trop riche, accepta.
-J'me fais vieux, et un peu d'aide sur les champs s'rait le bionv'nue... La première chose qu'tu f'ras, mon gars, c'est aller chercher les bestiaux dans l'champs, le ciel tourne à l'orage.
Morizio ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux de surprise.
-Croyez vous vraiment que vos bêtes craignent la pluie?
Le fermier cracha par terre avant de répondre :
-Cré vin diou, nenni! Mais c'est le champ des foudroyés, il est réputé pour ça : la foudre elle y tombe todis.
-Y'a même une môme pas normale qu'y a essayé de s'faire cramer là-bas au-d'sus, sa pique, l'est todis plantée dans l'sol, rajouta la fermière.
Mais au même moment, le ciel gronda, et le tonnerre roula, plus fort que tout ce que le jeune homme avait jamais entendu, si bien qu'il partit au champ sans écouter ce que la fermière racontait. Arrivé là, il fut stupéfait, dans le champ, une pique de fer semblait avoir fusionné avec le sol, si bien qu'elle y restait plantée. L'endroit semblait maudit, comme si la mort y avait établi domicile : l'herbe ne poussait pas autour, et les animaux ne s'en approchaient pas.
-Zoé, pensa-t-il immédiatement.
Un instant, sa jubilation fut sans limite. Il était dans le bon village. Il avait trouvé ce qu'il cherchait. Mais rapidement, ce sentiment de victoire laissa la place à un autre, beaucoup plus étrange. Il était comme attiré par la pique. Soudainement, le paysage alentour lui semblait être devenu flou, et il avait l'impression que le métal chantait, l'appelant à venir. Il fit cinq pas dans la direction de la pique. Déjà, sa main se tendait pour la saisir, quand la foudre tomba, droit sur le paratonnerre. Une onde de choc souffla Morizio, qui retrouva ses esprits, et se mit à courir après les vaches.
Mais son ardeur était revenue.

Il rentra à la ferme, trempé, dégoulinant de pluie et de sueur. Les vaches à l'abri, il se réfugia dans la corps de logis. Son sourire fixe et dément effraya la fermière, qui lui souhaita la bonne nuit d'une voix étranglée avant de monter. Il s'assit à table, se servit un verre d'eau et se regarda fixement dans le miroir du bahut, en face. Il avait trouvé!
Le lendemain, il se leva aux aurores. Le fermier, déjà debout, le regarda d'un air inquiet.
-Tout va bien, m'gamin? T'as l'air tout drôle...
-Ca va, lui répondit Morizio. Enfin...
Il réfléchit un instant.
-Je suis tombé hier, en ramenant vos bêtes. Je pense qu'il faudrait que je vérifie que je n'ai rien. Y a-t-il un hôpital, près d'ici?
-Ouais, à la ville. Mais c'est à quatre heures de marche d'ici. Et j'peux nîn t'y conduire, j'ai la ferme...
Morizio sourit de plus belle...
-Ce n'est pas grave, je vais me mettre en route tout de suite. J'y arriverai sans doute fin de matinée.
Le jeune homme refit son paquetage, et reprit la route. Il arriva à la ville alors que l'église sonnait midi. La route étant bien indiquée, il trouva son chemin presque directement, et il pénétra dans l'hôpital. D'instinct, il su qu'il était arrivé. Chaque portes, chaque salles d'attente, chaque couloirs lui semblaient familier.
-Monsieur, je peux vous aider?
-Merci Docteur Marx, mais je vais très bien.
Le nom du docteur lui était venu sans qu'il ait besoin de lire la nominette qu'il portait. C'était de plus en plus étrange. Il reconnaissait les infirmières, les médecins, les brancardiers. Un instant, il fut pris de vertige. Il sortit prendre l'air en courant. Dehors, il respira quelque fois à fond.
-Mais qu'est-ce qu'il se passe?
Il fut prit d'un nouveau vertige, qui le fit vomir. Son cœur cognait dans sa poitrine, comme s'il avait voulu en sortir, sa tête semblait vouloir exploser, tous ses membres tremblaient. En proie à une peur irrationnelle mais à laquelle il ne pouvait se soustraire, il prit ses jambes à son cou.

Il courut jusqu'à sortir de la ville. Là, dans un champ, il s'effondra et se mit à penser. Ce qui lui était arrivé n'était pas normal, pas anodin. Son impression d'extase ne s'effaçait pas, mais maintenant, il angoissait sans savoir pourquoi. Il reprit son calme, et une fois plus à l'aise, il se décida à reprendre la route. L'hôpital l'avait ébranlé, et il voulait trouver d'autres éléments avant de revenir au lieu où elle était morte, car c'était cela, à n'en pas douter, qui l'avait à ce point chamboulé.
Il erra encore deux jours avant de trouver par hasard les ruines d'un château. Le terme plus exact aurait été « tomber », au sens propre comme ai figuré : il avait marché sur un tapis de liseron qui recouvraient l'ouverture d'un puits. Dans sa chute, il se tordit la cheville, mais le puits n'était pas très profond, et juste à sa hauteur s'ouvrait un tunnel. Il s'y enfonça à tâtons, et avança jusqu'à ce que la cavité s'agrandisse. Il était arrivé dans une cellule de prison dont les barreaux était tombés, et le tunnel avait probablement permis, à l'époque, à l'occupant de s'évader. Morizio entreprit de visiter les ruines dans lesquels il avait pénétré. Tout semblait avoir brûlé. L'incendie devait remonter à plusieurs décennies au vu des différents arbustes qui avaient repoussés dans les joints des murs de pierre. Il n'y avait presque plus rien : plus de mobilier, parfois plus d'escaliers, peu d'ouverture vers l'extérieur.
Lorsque, dans son exploration, il arriva dans la grande salle du château, le spectacle qu'elle lui offrait le laissa coi : une immense salle, dont les plafonds noircis laissaient voir le ciel nocturne à certains endroits, et sur les murs, certains cadre brûlés et vermoulus très probablement. C'était la seule pièce en état plus ou moins correcte du château, et apparemment, la seule qui donnait accès à l'extérieur.
Il avança dans la salle, faisant un tour sur lui même pour admirer les plafonds qui avaient dû être somptueux. Ici ou là, il y avait encore quelques dorures, que le feu n'avait pas tout à fait détruite. Plus il observait, plus il voyait. C'était comme si la salle se reconstruisait sous ses yeux. Des décors éthérés envahissaient les murs, les cadres semblaient se rénover, se rehausser de pâles dorures. La couleur revenait dans cet endroit que seule la mort avait habité. Une musique se mit à monter, de plus en plus fort, Morizio croyait rêver, la mélodie résonna dans la salle, faisant trembler les toiles dont une poussière d'or jaillit, illuminant féeriquement la salle. Des personnages jaillirent des cadres, descendirent du plafond en valsant et tournoyèrent autour du jeune être humain, qui commençait seulement à comprendre et se laissait emporter. Il tournoya, tourbillonna, passant des bras d'une jeune femme à ceux d'une autre. Elles lui faisaient la révérence et lui donnaient du Monseigneur. Un moment, la musique sembla rester suspendue en l'air, et Morizio croisa son propre regard, que lui renvoyait un reflet dans un miroir noirci. Ses yeux étaient les mêmes, mais autour d'eux semblaient rayonner une autre image, qui se superposait à la sienne. Des cheveux rouge comme les siens, un menton fin, ...
La musique se tut, les personnages disparurent. En haut des escaliers, face à la porte par laquelle il était entré, il y avait un homme. Un homme aux cheveux argent, à la peau diamant, dans un costume de velour noir. Et cet homme regardait Morizio de ses yeux dans lesquels il n'y avait aucune humanité. Il dégageait un genre d'aura de sauvagerie, quelque chose de bestiale, mais en même temps, de tellement tendre et nuancé.
Il descendit les marches, ses yeux sans blanc toujours fixé sur le jeune homme, qui s'était arrêté de danser. Plus il approchait, plus Morizio pouvait voir de points brillants dans ses yeux. Comme s'ils contenaient des myriades d'étoiles regroupées en galaxies. Morizio tremblait comme une feuille tant il était excité, persuadé qu'il était que son périple venait de toucher à sa fin.

-Bonsoir, dit l'inconnu, un sourire nostalgique accroché au coin de ses lèvres.
-B... Bonsoir, répondit Morizio.
-Comment t'ont-ils appelés?
-Morizio.
Il avait l'impression que les réponses venaient toutes seules, comme si elles venaient du plus profond de lui, comme si ce quelque chose qui l'avait poussé à l'aventure parlait à sa place.
-Morizio. Tu te rappelles de moi?
-Oui, et non.
Le temps semblait suspendu. Les pas de l'inconnu ne faisaient même pas bouger la poussière qui recouvrait le sol.
-Je suis Noctem, Noctem Aternae. Je t'ai connu dans une autre vie, mais je devrais plutôt te dire « Je t'ai connue ». Et que nous nous sommes aimés.
-Mais vous n'êtes que mort, vous n'apportez rien. Après vous, il n'y a rien, compléta Morizio d'instinct.
-Tu étais plus... féminine, à l'époque. Mais ton entêtement n'a pas changé. Ainsi, tu es venu me retrouver.
-Non. Ce n'est pas vous que je cherche...
-Je sais, tu cherches qui tu étais, car jamais je ne t'ai redistribuée, ne pouvant m'y résoudre.
-Le bal... J'y étais...
-Oui, tu étais notre étoile à tous, et lorsque je t'ai déposé dans ton corps, de ce corps nouveau...
-La naissance. Ça a été une telle douleur que ma mémoire a été refoulée au plus profond de mon inconscient.
-Je suis désolé.
Sa voix se brisa, comme si des larmes obstruaient sa gorge. Instinctivement, Morizio prit Noctem dans ses bras.
-Je t'ai donné ce que tu avais désiré le plus, je t'ai emmené avec moi. Mais après moi, il n'y a rien.
-Oui, je m'en souviens... J'avais été attaquée, et je n'avais rien pu faire...
Noctem sourit, et ne dit rien.
-Ton âme n'a pas changée, Princesse ou Prince, au fond, cela n'apporte rien. Ton âme est toujours la même...
-J'étais...
-Zoé, complétèrent ils en chœur!

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Dernière édition par Douyn F. Iridi le Sam 28 Mai 2011 - 3:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Ven 25 Juin 2010 - 19:07

Troisième récit
Le garçon et l'arc-en-ciel


La vie au magasin ne fut pas des plus calmes. Les clients se montraient souvent impatient quand ils savaient ce qu'ils venaient chercher, et leurs aventures étaient à ce moment rarement passionnantes. Je préfère m'en tenir aux récits de ceux qui tombaient chez moi, par le plus grand des hasards, et qui ne savaient pas du tout ce qui les attendait. Considérez ceci, chers lecteurs, comme... Mes Mémoires. Ceux qui ont marqué mon esprit, ma vision de la vie.

Après Morizio, peu de choses se passèrent de vraiment passionnantes. Ce fut pour moi une période de calme plat. Dans de nombreux mondes, les sciences prenaient de l'importance sur l'imaginaire, et les gens avaient de plus en plus de mal à me trouver. Dans les temps, le magasin avait beaucoup de mal à se déplacer. J'ignore pourquoi, mais je voyais de moins en moins souvent les Époques Reculées. Je pense que cette période a duré presque cinquante ans. Pour vous, lecteurs, cela semble long, mais pour moi... Que dire, je me suis occupé, j'ai travaillé de nouveaux sortilèges, j'ai fait un peu de commerce, mais surtout j'ai dialogué avec Svart. Cet être que tout le monde craignait se révéla être en fait quelqu'un de parfaitement civilisé, qui avait une notion des bonnes manières et des convenances très impressionnante. Sa culture remontait plus loin que les plus anciens Âges. J'appris énormément de lui, et nous eûmes le temps d'apprendre à nous « apprécier ». Les esprits sont loin d'être des êtres dénués de coeur et de sentiment. Par exemple, nous avions des fous rires assez récurrents quand nous entendions des gens venir chercher du sang de phénix ou des sabots d'airains. Ces ingrédients réputés pour donner l'immortalité n'avaient absolument aucun effet sur l'esprit. Le corps restait, mais il finissait sans vie, décrépi, presque desséché sur place.
Mais un jour, je vis un jeune homme entrer qui me fit sortir de mes idées préconçues vieillard que je devenais. Je perdais l'habitude, mais Svart avait toujours le nez.
-Regarde donc, James. Celui-ci, il m'intéresse.
Le garçon en question était entré dans le magasin, le nez en l'air. Il regardait partout, sans semblé étonné, mais sa dégaine montrait bien qu'il n'était pas un « habitué ». Il errait dans les rayonnages en flânant, comme s'il faisait son marché.
-Puis-je vous aider, Monsieur?
Il se retourna vers moi et eut un léger sursaut. Il ne devait sans doute pas m'avoir vu.
-Regarde le, avec mes yeux, me susurra l'esprit qui m'habitait.
J'ouvris mon regard aux cercles et vis les ailes que portait le jeune garçon. Enfin, il les traînait plus qu'autre chose. Elles ne semblaient pas être un fardeau, mais selon les apparences, il n'avait pas conscience de les avoir. C'était bien la première fois que je voyais cela. Il avait des natures différents sur tous les niveaux. Humains sur les trois Physiques, angéliques sur les deux Spirituels, puis essence sur un et vide total sur le dernier. Les sept cercles étaient à peine liés, tous paraissaient détachés des autres. Il n'y avait qu'en deux ou trois points que ses différents niveaux se rejoignaient: son troisième oeil était grand ouvert, et je me pris à me demander s'il pouvait voir les flammes qui environnaient toujours mon habitant ; son coeur était fort aussi, il faisait un lien réel et presque tangible entre les réalités de mon client. Le troisième était beaucoup plus incertain. On aurait dit un point qui bougeait sans cesse, qui passait d'un endroit à l'autre, sans se fixer.
Je pris conscience qu'il me regardait avec attention, mais seuls ses yeux physiques travaillaient vraiment.
-Je ne sais pas, je ne cherche rien. J'ai juste vu votre boutique, et je suis entré.
-On n'entre jamais par hasard chez moi, jeune homme. Et si vous ne cherchez rien, peut-être quelque chose vous cherche-t-il, dis-je avec un rire discret.
Il ne sembla pas m'écouter, et continua sa visite. Il s'arrêta, feuilleta deux trois bouquins en souriant. J'ignorais si la magie lui était familière, et je me contentai de l'observer. Il tourna longtemps autour de la vasque regardant les étranges reflets qui s'y cachaient, puis il reparti en me souhaitant la bonne journée. Je vous laisse deviner ma surprise, lecteurs : c'était le premier client que je voyais entrer et qui n'achetait rien. L'esprit m'habitant rigola et se tut. Par instinct, je montai à l'étage, et me rendit dans le pièce au fauteuil.
Je m'assis et fermai les yeux. L'habituelle sensation de chute se fit sentir, et d'un seul coup, les fantômes arrivèrent. Des visages, encore et toujours, que j'avais l'impression fugace de connaître, des sons familiers, mais dont je ne pouvais déterminer la provenance. Dans ce fatras embrumé, j'entendis la porte de la sonnette et vis, en contrebas par rapport à moi, le jeune homme de tantôt. Comme un rapace, je plongeai sur lui et, au lieu d'entrer en collision avec un être de chair, je bousculai une foule de souvenirs.

Yuri Didion. C'était son nom. Il avait environ dix-neuf ans, et vivait chez sa mère. Ses parents s'étaient séparés depuis peu, et son père était parti. Mais apparemment, cela ne le touchait pas plus que cela.
Il avait grandi au bord d'une rivière, en campagne. Son enfance avait été facile et confortable, même si marquée par l'absence de son militaire paternel, parti quelque fois en mission. Quand ce dernier était revenu, il avait trouvé un adolescent très doux, facile à vivre, mais terriblement rêveur. C'était quelque chose pour lui qui ne collait pas avec son idéal de fils, et il avait commencé à le dénigrer, le laisser de côté, après avoir vainement tenté de l'endurcir.
Et Yuri s'était raccroché à ses livres. Il rêvait sans cesse. À l'âge de quatorze ans, il avait tenté de s'envoler en sautant du haut de sa balançoire et s'était fracturé le trois doigts et déchiré le genoux gauche. Il s'était intéressé à la sorcellerie de près, mais ramené à la raison par la force de sa mère, la seule qui avait fait l'effort de le suivre dans son monde pour l'en sortir, il s'était raccroché au réel. Depuis, il écrivait pour se vider de l'irréalité de ses rêves.
Il avait été relativement fort seul. Au long de ses années d'études, il avait été très actif : il s'était donné autant qu'il le pouvait dans la musique et le théâtre, avait fait un peu de danse, et avait toujours réussi brillamment. Mais ses amis avaient été rare. Un groupe par ci, un groupe par là. Juste une ou deux personnes vraiment fixe dans sa vie.
Il s'était ouvert au monde lors d'un événement particulier. Une retraite. Chez lui, lorsqu'on arrive à sa dernière année d'étude, avant d'aller à l'université, l'école organisait des activités sur trois jours, par petits groupes. Il avait passé la sienne dans un groupe avec ds gens qu'il appréciait fort bien, et des « amis » qu'il avait côtoyé. Un groupe itinérant, qui, pendant trois jours, avait marché. Le voyage, la perdition, l'errance, tout cela l'avait véritablement remis en harmonie avec lui-même. Il avait pensé abandonner l'université pour faire le tour du monde sur ses frêles jambes, mais ses parents s'y étaient formellement opposé : il devait faire des études, quelle qu'elles soient.
Il y eut comme un accrochage dans le disque de sa vie, qui sauta, et passa à un autre souvenir. Je le vis, au milieu d'un groupe d'amis assez étendu, il était à l'université, et avait réussi à trouver un groupe qui semblait soudé. Il continuait toujours ses activités artistiques, et son souvenirs s'arrêta à un groupe de théâtre.

Yuri était assis, dans le couloir, au troisième étage d'un bâtiment de verre et d'acier. Les jambes pendants au-dessus de la cage d'escalier, il discutait avec une fille en attendant le professeur. Manon. Le nom résonna dans mon esprit très fortement. Ils semblaient proches, et gênés en même temps. Une drôle d'alchimie se passait là. Le prof arriva et le cours se passa sans accroc. À la fin de la séance, le jeune homme invita les autres à le rejoindre dans un café, car il fêtait son anniversaire. Beaucoup avaient déjà accepté, dont le jeune demoiselle en question.
Sache, lecteur, que Je dis jeune parce qu'elle avait tout de même environ cinq ans de moins que lui. Et sans doute cinquante centimètre aussi.
Ils se retrouvèrent donc tous, autour d'une grande table, et lui à côté d'elle en profita. L'amour qu'il lui portait se voyait comme le nez au milieu du visage. Mais cela ne choquait personne. Deux ou trois personnes en rirent bien, mais lui ne s'en souciait guère. Je ris moi-même en voyant ses tentatives de l'approcher. L'épisode de cette soirée le plus drôle est sans doute le moment où il la raccompagna. N'écoutant pas les protestations maladroites de la demoiselle, il sortit du bar avec elle et la raccompagna. La mère attendait la fille dans un café un peu plus loin, en compagnie du frère.
-Alors c'est toi qui fête des dix-neuf ans. Bon anniversaire, lui souhaita-t-elle. Tiens, reprend un verre pour moi, c'est mon cadeau.
Yuri, d'habitude plutôt timide, désinhibé par l'alcool qu'il avait déjà bu, lui répondit en souriant :
-Merci bien, mais si je peux me permettre, le meilleur cadeau serait que Manon m'accompagne pour ce dernier verre.
La dame ouvrit de grands yeux, le frère s'étrangla avec sa bière, Manon rigola et repartit avec son courtisan. Durant le temps que prit ce dernier verre, il tenta le tout pour le tout et aborda le sujet qui pourrait lui faciliter la tâche: le cinéma.
Sur ce monde, un concept étonnant que j'ai appris à connaître est la technologie très poussée. Ils ne croient plus à la magie, car elle est remplacée par la technologie. Celle-ci, populaire entre toutes, consistait à transformer la lumière au moyen d'une feuille colorée et translucide de manière à projeter une image sur un écran. Les images s'enchaînant avec une grande rapidité donnaient une impression de mouvement, et le tout était accompagné d'une bande son. L'illusion évinçait la magie.
-Tu as vu Alice au Pays des Merveilles? C'est génial!
-Non, hélas, lui répondit-elle. Mais il a l'air chouette
Il n'eut pas besoin de se le faire dire deux fois.
-Bah, si cela te tente, nous pourrions aller le voir tout les deux, que penses-tu de vendredi prochain?
Manon accepta avec un grand sourire, termina son verre et partit. Yuri était sur son petit nuage et attendit avec impatience toute la semaine.

Yuri, la date tant attendue arrivée, se fit beau. Le cours d'Art Dramatique se passait comme habituellement : certains travaillaient et d'autres ne faisaient rien. Pour une fois, Yuri avait rejoint ce second groupe après avoir présenté son texte. Il avait ainsi pu attirer Manon à l'écart, dans un couloir non éclairé, tranquille.
-Ouf! Enfin tranquille. Il est remonté aujourd'hui, le prof!
Elle rit et s'assit sur le sol. Il suivit le mouvement et entama la conversation.
-Tu sais ce que tu vas faire plus tard, toi?
-Non, répondit-elle. Mais j'ai encore le temps. Je n'ai que quatorze ans, moi.
-Merci de me rappeler que j'ai déjà perdu un an à l'université... Tout ça pour continuer à rêver de devenir saltimbanque. Mmph!
-Tu crois que tu saurais faire ça? Paraît que c'est pas une vie facile, tu sais.
Il lui prit la main et commença à lui lire ses lignes. Il y avait une moitié de baratin et une moitié de choses qu'il avait lue, mais elle lui laissa sa main. Cela commença par là.
-Il fait froid ici, dit elle sans préambule.
Enhardi, il s'apprêta à la prendre dans ses bras, mais sa plus vieille amie. Présilia, entra en trombe, allumant toute les lampes, et dérangeant Manon qui recula d'un bon trente centimètre. Yuri fusilla son amie du regard, mais la laissa s'installer. Elle se jeta dans ses bras. Le jeune homme se sentait vraiment des envies de meurtres.
Le cours se passa sans autres incidents notables. Le chemin de l'académie au cinéma n'était pas bien long, et l'attente devant la salle ne le fut pas non plus. C'était un petit cinéma d'une ville moyenne, un vendredi soir. Bref tout était calme.

Je dois avouer, lecteur, que le jeu que j'eus sous les yeux m'amusa fortement. Durant les bandes annonces, les deux jeunes prirent des paris sur les films annoncés, et Yuri en profita pour « capturer » la main de Manon, qu'elle lui laissa sans mot dire. Puis pendant tout le film, collés l'un à l'autre, ils commencèrent un jeu de flirt très hésitant. Il se pencha à son oreille et lui murmura, s'inspirant d'une réplique du film :
-Quelle Magnifique Moment Magique en compagnie de la Merveilleuse Manon, ...
Les joues de la demoiselle concernées rosirent un peu, mais elle eut un sourire malicieux. Elle prit sa revanche sur une autre réplique du film :
-Moi aussi il faut me réveiller, dit elle en s'enfonçant dans son strapontin et en fermant les yeux.
Yuri eut un petit sourire.
-À la manière de Alice ou les autres contes sont valables aussi?
Sans même ouvrir un œil, elle répliqua :
-Peu importe.
Je le sentis prendre son courage à deux mains, et se pencher par dessus l'accoudoir pour l'embrasser. La salle toute entière eut un soupir de soulagement, mais je dois avouer que n'ayant pas suivi le film, je ne sais si c'est à cause d'un événement sur l'écran ou si les émanations de bonheur qui rayonnaient autour d'eux pouvaient à ce point se faire sentir.

Ils passèrent le reste de la séance enlacé tendrement. Yuri planait. Je voyais ses ailes frémirent, sans qu'il en ait conscience, j'en reste persuadé.
Mais lorsque les lumières se rallumèrent, la demoiselle eut un mouvement de recul, et un éclair de regrets passa sur son visage. Elle baissa les yeux, rougit un peu plus, et se mordit la lèvre inférieure. Au moment de se dire au revoir, elle tourna la tête présentant sa joue au jeune homme complètement désorienté par ce soudain revirement de la situation. Elle repartit en voiture, lui reprit son train, ils bavardèrent un bref instant par « essémès » (encore une charmante technologie mais dont la précision au niveau de la transmission des sentiments et expressions laissait à désirer), mais elle ne lui expliqua pas pourquoi elle l'avait fui en sortant. Toutefois, il sut lui arracher la promesse d'une explication avant le cours suivant. Il attendit donc toute la semaine.
Mais le vendredi arrivé, Manon ne vint pas. Ni le suivant. Elle ne répondait même plus quand il essayait de lui téléphoner. Yuri se mit à désespérer, et à dépérir. Pendant trois jours, il cessa de manger, ce qui relevait pour lui de l'exploit. Il allait à l'université, mais mécaniquement. Il voyait ses amis, mais ne les regardait même plus, il avait perdu jusqu'au goût du rêve.
Et c'est là dedans que j'étais apparemment arrivé. Ma boutique avait débarqué en plein centre ville, tout près d'une place et d'une église. Elle était en retrait, et il la voyait pour la première fois. Il était entré, mais n'avait osé croire à ce qu'il avait vu et lu dans ma boutique. C'était une des raisons pour laquelle il n'avait rien acheté.
Je le suivis alors qu'il venait de sortir de ma boutique. Il semblait soucieux, perturbé.
-Allons, la magie, ça n'existe pas, murmura-t-il à lui-même.
Il leva le nez. Le ciel n'était pas très encourageant, et la perspective de devoir prendre son train puis marcher trois kilomètres ne semblait guère l'enchanter. Toujours aussi morne, il enfonça ses mains dans ses poches, et remonta son col tout en se dirigeant vers la gare.

Dans le train, il entendit une voix enfantine chantonnant une comptine. Il sourit en pensant à ses animés, les enfants qu'il gardait de temps en temps et à qui il donnait du rêve la plupart du temps. Alors qu'il s'apprêtait à descendre, la petite fille qui chantait le regarda droit dans les yeux, et lui lança un sonore :
-Au revoir Monsieur l'ange! Ne brûlez pas vos ailes à trop protéger les autres.
Yuri s'arrêta, la regarda lécher sa sucette, puis le train partit et il resta sur le quai, planté là. Il commença à pleuviner, et cette bruine le tira de la stupeur dans laquelle l'avait plongé la réflexion de la gamine. Il s'ébroua et se mit en marche.

Il s'engagea dans une zone industrielle. Le soleil perçait légèrement derrière les nuages qui continuaient de pleurer. Ce magnifique phénomène que tant d'enfants aiment tant se produisit alors : un quart de cercle présentant sept couleurs apparut dans le ciel. Yuri ne put s'empêcher d'y voir un troisième signe, et son imagination reprit le dessus. N'y tenant plus, il suivit son intuition et, traversant un parking puis un autre, il se mit en tête de trouver le pied de l'arc-en-ciel.
Il les marcha, ses trois kilomètres, mais il ne rentra pas chez lui. Ayant quitté les usines, il traversa deux trois champs, et c'est là, au détour d'une colline qu'il ré-entendit cette voix qu'il aimait tant.
-Manon!
Elle était là, vêtue d'une robe d'été blanche, au pied de l'arc en ciel. En fait, il serait plus exacte de dire dans l'arc-en-ciel. Aussi étrange que cela puisse paraître, le jeune fille se douchait dans les couleurs. La lumière ruisselait sur elle, et colorait l'air et la terre à ses pieds.
Lorsqu'elle le vit, elle sursauta et écarquilla les yeux. Il s'approcha encore, enleva son manteau, déposa son sac, et la rejoignit sous la cascade de couleurs. La lumière était chaude, et douce. Sa texture ressemblait à du satin, en beaucoup plus léger, à de l'eau pure et sèche, au toucher du soleil un matin d'été. Chaque couleur donnait une sensation différente. Le rouge semblait plus chaud, et il endormait la peau, là où le bleu semblait drainer l'énergie et réveiller. Le jaune, en coulant, donnait des frissons, comme une caresse du bout des doigts. Le mauve semblait plus lourd, comme une étole de lin qui glisse lentement, comme la couverture de la nuit qui trop tôt découvre les amants. Le vert bruissait comme le vent dans les feuilles d'arbres et réveillait les instincts. L'orange massait, comme une huile bien préparée frottée avec tact sur le corps.
Il la prit dans ses bras et l'embrassa. Elle, toute choquée, se laissa faire.
-Tu sais, normalement je ne peux pas.
Ils s'étaient assis dans l'herbe, et elle tâchait de lui expliquer un peu qui elle était.
-Ma vie est liée à la lumière, et je ne peux pas aimer. L'amour est un art nocturne.
-La lune aussi a ses couleurs, sais-tu. Et puis, même pour un...elfe, si c'est ce que tu es, une vie sans amour ne vaut peut-être pas la peine d'être vécue.
Elle soupira et leva les yeux au ciel.
-Sans doute as-tu raison. Mais sais-tu seulement ce que c'est que de sentir la lumière sur ta peau, le baiser des étoiles pendant ton sommeil comme la morsure du vent d'hiver?
-Oui, j'ai senti grâce à toi.
Elle ouvrit des yeux encore plus ronds.
-Tu as pu le sentir? Mais...mais les humains ne sont pas censé connaitre ça! Ni même nous voir. Ils ont l'amour, eux! Comment... comment cela est-il possible?
Yuri sourit.
-Nous, les humains, n'avons plus de magie. Mais pour en combler le manque, nous l'avons remplacé par du rêve et de l'illusion. C'est ainsi que sont nées les légendes, les contes, les explications scientifiquement absurde, ... Il y en a une qui me plaît particulièrement :
« Si par un jour de pluie, tu regarde le ciel
Si tes jambes suivent la voie du soleil,
Tu arriveras vite au pied de l'arc en ciel
Où dorment les plus riches d'entre les merveilles »
-Le trésor est censé être gardé par un farfadet malicieux, ajouta-t-il en souriant.
Elle sourit.
-Je ne suis ni un elfe, ni un farfadet, grand bêta d'homme!
Elle se blottit dans ses bras pour se réchauffer.

Le cœur du jeune homme rata un battement et le rattrapa au centuple.
-Je...j'ai suivi la voie du soleil. Et non, tu as raison, tu n'es certainement pas un farfadet. C'était toi le trésor, la plus riche d'entre les merveilles, car tu es celle que j'aime.
Manon ne put s'empêcher de rougir à cette déclaration.

Il restèrent ainsi, couché dans l'herbe, elle appuyée sur son torse jusqu'à ce que la pluie diminue. Alors que les nuages commençaient à se dissiper, elle se redressa.
-Je vais devoir y aller. Je ne suis pas encore prête à le quitter. Je... la vie humaine n'est pas faite pour moi, dit-elle des larmes pleins les yeux.
Yuri déglutit difficilement.
-Je comprends. L'amour est une force terriblement grande, et elle effraie bien des hommes.
Lui aussi avait les larmes qui commençait à monter. Tous deux ignoraient s'ils se reverraient un jour.
-Bien plus grande que la gravitation, lui dit il en essayant de sourire.
-Peut-être n'es-tu pas tout à fait humain non plus, lui dit-elle en l'embrassant pour lui dire au revoir en s'évaporant avec les dernières gouttes de pluies.

Le jeune homme, sans s'en rendre vraiment compte, rentra chez lui. Mais il ne marchait pas : ses ailes enfin s'étaient déployées.

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MessageSujet: Re: L'étrange boutique de Mister Flynn   Jeu 12 Aoû 2010 - 13:04

Quatrième récit
Déménagement

Je tiens à vous prévenir, chers lecteurs, ce récit-ci est loin d'être conventionnel. Déjà, il n'a rien à voir avec les clients. Mais je pense devoir le consigner quand même...

J'étais assis, derrière mon comptoir, ce jour-là. Je me souviens encore, je venais d'achever mon inventaire quand soudain, trois hommes sont entrés. Ils portaient tout l'attirail du mage noir : longue cape avec capuche rabattue sur la tête, robe noire, masques argentés. Deux d'entre eux sont venus directement au comptoir, le dernier est resté un peu en retrait.
-Nous venons chercher le pendentif de phobie ostentatoire, me dit l'un d'une voix sépulcrale.
Je devinai qu'elle avait été magiquement modifiée. Ces gens cherchaient tout pour effrayer. Quoi qu'il en soit, je n'avais pas à me mêler des conflits sur les mondes, ils devraient se régler sans que j'y aie part.
-J'espère que vous saurez y mettre le prix, car il est loin d'être bon marché.
Les deux premiers acolytes se regardèrent, puis se tournèrent vers le troisième.
-Tu vas nous le donner gentiment sans que nous ayons a utiliser nos pouvoirs, magicien de pacotille.
Sa voix était sifflante, glissante. Malgré cela, je reconnus un accent que je connaissais bien. Des magiciens d'Elgénam! Il n'était pas question que je laisse mon ancien univers aux mains de ces hommes. Bien que je n'y sois retourné depuis plus de de deux siècles, ce monde était quand même le mien. Je ne pus m'empêcher de sentir une pointe de colère...
-Vous payez, vous emportez, mais ne comptez pas sur moi pour accepter votre argent, lui répondis-je d'un ton sec.
Je devinai qu'il souriait sous son masque. Il leva les mains et fit un étrange geste, que je n'avais encore jamais vu auparavant. J'entendis alors des trompettes assourdissantes, et vis sa cape se lever comme s'il y avait grand vent. Les trompettes retentirent de plus belles, et quelques livres volèrent à travers la pièce. Les deux premiers ricanaient, mais je ne bougeai pas.
Je vous avouerai, mais uniquement à vous, lecteurs, que je fus fort surpris. Depuis des millénaires, les sorciers utilisent l'art à des fins magiques. Ainsi, les bardes avaient quelques enchantement quand ils jouaient, souvent des envoûtements. Les sortilèges, habituellement, se basent soit sur la lumière, soit sur le dessin. Les sorciers les plus puissants arrivent parfois à créer un sort à partir de rien, mais cela est vraiment rare, et demande surtout une grande maîtrise de la matière. Mais celui-ci... L'idée était astucieuse : utiliser un premier sort pour créer un son (les trompettes), car, la matière ne subissant aucune modification, le sort demande moins d'efforts. La musique ainsi créée était suffisante pour générer un effet magique d'une puissance rare.
Mais j'avais vu des choses étranges dans ma vie, et mes impressions se rétractaient fort vite.
-Il en faut plus que quelques souffles pour m'impressionner. Si vous n'avez que ça à me demander, je vous prierai de sortir.
En insistant bien sur ce dernier mot, j'envoyais une onde de choc sur un des deux devant moi. Svart m'aida bien un peu, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il aille traverser la vitrine, répandant des morceaux de verre partout. Le sorcier à la voix sifflante leva les bras et marmonna quelques mots que derrière son masque je ne pus saisir.
Là, ce fut tout un orchestre qui fit trembler les vitres restantes. La force de la musique me rappelait presque ce que certains nommeraient « les trompettes de l'Apocalypse ». Je repensai à une légende sur un monde que j'avais visité deux ou trois fois : une ville avait des remparts si hauts qu'on ne pouvait la prendre, Dieu fit sonner les trompettes et les murs tombèrent.
Le sol se mit à trembler au rythme des percussions, et la plupart des objets tombèrent des étagères. Le vent se leva, en suivant les bois et les cuivres, fit voler la plupart de mes papiers. Moi-même j'avais du mal à rester droit sans l'aide de l'esprit qui m'habitait.
-Et si tu me laissais faire, l'entendis-je me dire.
Je tentai un peu de résister, mais ma magie seule ne suffisait pas à écraser ce vermisseau maléfique. Finalement, je laissai l'ancien démon prendre le contrôle de mon corps. Je me sentis m'élever dans les airs, bras en croix. La lumière sortait par tout mes pores, mes yeux jetaient des rayons brûlant. J'ouvris les bras un peu plus grand, et d'un coup où Svart mit toute notre force, mes mains claquèrent.
Puis ce fut le trou noir.

Je me réveillai un peu plus tard. Le magasin était tout démoli, les objets trainaient éparpillés, certains livres avaient des pages arrachés ou des coin brûlés. Un énorme trace de brûlé en arc-de-cercle marquait le bureau. Je cherchai les sorciers des yeux. Des deux qui s'étaient avancés, aucune trace. Celui qui avait utilisé la magie, par contre, se réduisait à une trace de brûlé sur le mur à côté de la porte d'entrée, en forme de son squelette et de ses oripeaux.
-Dis moi, Svart, qu'as-tu utilisé comme sort?
Je l'entendis rire en moi.
-Rayons ardents. Mais avec ma puissance, ça fait effet « soleil ». Que penses-tu de la nouvelle déco?
Je soupirai, me sentant d'un coup très vieux.
Je t'avouerai lecteur que je n'ai jamais été très ordonné. Ni dans mes comptes, ni dans mon organisation, encore moins dans les pièces où je vivais. L'ordre me semblait inutile, et y perdre du temps ne me tentait pas vraiment. Vous pensez certainement : perdre une heure quand on a l'éternité devant soi. Mais sachez que l'éternité n'est pas de tout repos, et ne vous rend pas plus actif pour autant. C'est son gros soucis : on peut toujours remettre à demain.

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Que l'encre de vous écume
Et qu'une fois non coutume
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